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J’ai cru que j’allais y passer...

Unknown

W.O.Mics·4:09

Lyrics

Imagine : une route détruite, le bourdonnement des drones FPV au-dessus, des bombes prêtes à tout anéantir en une seconde. 💥

Au volant — un Français de 26 ans, venu de Paris.

Ce n’est pas un militaire. C’est un professeur d’histoire.

Depuis plus d’un an, Samuel Ferté évacue des civils des zones proches du front, dans le Donbass et la région de Kharkiv.

Historien, il voit cette guerre autrement :

« Ce n’est pas seulement l’Ukraine. C’est l’Europe. Je comprends pourquoi c’est important. Et je resterai. »

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J’avais vingt-six ans, un prof d’histoire à Paris

Cafés sur le canal, les livres, la vie tranquille

C’était en 2014. Mon père m’a dit :

« C’est pas loin de chez nous, mon gars — c’est l’Europe qui vit »

J’ai pris le train, j’ai posé mon sac à Kharkiv,

Quatre mois plus tard je baragouinais déjà l’ukrainien

Avec les babussys qui pleurent dans la voiture

« Dyakouyu, Sem, spasiba… » et moi j’avais plus rien à dire

J’ai cru que j’allais y passer

Les drones au-dessus, des bombes KAB qui tombent à côté

La route défoncée, le cœur qui fait boum-boum

Et pourtant je repars demain — c’est plus fort que moi, tu vois

J’ai cru que j’allais y passer

Mais je suis encore là, avec eux, sur la ligne

Druzhkovka, Dobropillia, Kupyansk, Konstantinovka

Il y a un an c’étaient des villes avec des terrasses et des filles qui rient

Aujourd’hui c’est le sifflement, plus de lumière, plus de chauffage

Et les vieux qui te disent : « Bientôt ce sera comme là-bas… on n’a plus de vie »

Le plus dur ce n’est pas les bombes, non

C’est leurs yeux quand ils ferment la porte de la maison

Tout ce qu’ils laissent derrière — photos, chats, souvenirs

Moi je regarde la route et je cherche des mots qui n’existent pas

J’ai cru que j’allais y passer

Le mois dernier, à Dobropillia, j’ai vu la mort de près

J’ai pensé : « c’est fini, là, c’est bon, je rentre chez maman »

Et puis non… je suis toujours là, à charger des grands-mères dans le van

À Paris ils m’attendent, papa et maman

Ils disent : « t’es fou, Samuel », mais au fond ils comprennent

Je reviens quelques jours, je bois un verre à Montmartre

Et déjà je pense à la prochaine route, au prochain départ

Je suis historien, je sais comment ça finit quand on regarde ailleurs

C’est pas que l’Ukraine… c’est chez nous aussi, frère

J’ai cru que j’allais y passer…

Mais tant qu’il y aura des gens qui veulent vivre

Je prendrai encore cette putain de route cassée

Avec mon accent français et mon cœur un peu ukrainien

J’ai cru que j’allais y passer…

Et pourtant je suis là.

Et je reste.

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