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Mars a pleuré.

instruments traditionnels

Fénixe.Msr87·6:19

Lyrics

Mars a pleuré.

Pas d’eau, pas de pluie,

mais une vibration ancienne,

un frémissement venu du cœur minéral

d’une planète qui se souvient encore

d’avoir été vivante.

Mars a pleuré

lorsque ses mers se sont retirées

dans les entrailles froides du sol,

lorsque l’entropie a gagné

sur la chaleur fragile de ses océans.

Elle a pleuré

quand les deltas fossiles

ont cessé de rêver au retour des vagues,

quand les lits de rivières

se sont figés en cicatrices rouges

sous un ciel trop mince pour retenir un souffle.

Mars a pleuré

d’une larme que nul œil ne verrait,

une larme faite de molécules anciennes,

nées dans les nuages protostellaires

bien avant que le Soleil

n’allume sa première fusion.

Cette larme s’est élevée,

non par évaporation,

mais par mémoire.

Elle s’est souvenue

du temps où l’eau et la lumière

étaient sœurs dans la poussière cosmique,

du temps où les mondes n’étaient que des promesses

dans le ventre froid de la nébuleuse solaire.

Alors elle a quitté Mars,

comme un enfant quitte une maison silencieuse

pour rejoindre la chaleur d’un foyer oublié.

Elle a traversé l’atmosphère ténue,

franchi la frontière du vent solaire,

et s’est offerte au vide

avec la lenteur majestueuse

des choses qui savent où elles vont.

Dans l’espace,

la larme de Mars s’est étirée

en un filament bleu,

un souffle liquide

qui ondulait entre les astéroïdes,

synchronisé avec les pulsations

du champ magnétique solaire.

Chaque goutte devenait photon,

chaque photon devenait message,

chaque message avançait

vers l’astre qui l’avait vue naître.

Le Soleil l’a reconnue.

Il a ralenti son feu,

adouci sa couronne,

comme un géant de plasma

qui retient sa puissance

pour accueillir une fragilité sacrée.

Il a ouvert ses couches,

non pour la détruire,

mais pour la réintégrer

dans la grande mémoire du feu.

La larme de Mars

s’est changée en lumière,

en neutrinos voyageurs,

en particules d’or

qui traversent les mondes

sans jamais s’arrêter.

Elle est devenue une note

dans la symphonie thermonucléaire,

un souvenir liquide

dans le cœur incandescent

d’un dieu stellaire.

Et Mars, désertée,

a senti son histoire se réécrire.

Les vallées asséchées,

les deltas pétrifiés,

les mers fantômes

ont compris qu’elles n’avaient pas perdu l’eau :

elles l’avaient offerte

à l’étoile qui les avait créées.

Depuis,

dans chaque rayon solaire

qui touche une peau,

dans chaque chaleur

qui traverse une fenêtre,

il reste un fragment

de cette larme ancienne,

un éclat de Mars,

un amour cosmique

qui voyage depuis des milliards d’années

pour atteindre un visage.

Mars a pleuré.

Et dans cette larme,

l’univers a trouvé

une nouvelle manière

de briller.

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